14 Juillet
1954, le Montcalm était au mouillage à Tourane, sa
présence étant certainement destinée à montrer que nous étions
encore là en force. L'état-major avait organisé une grande revue
militaire dans la ville. Un détachement du Montcalm devait
y participer et deux radios (mon ami Gros et moi-même) avaient été
désignés pour en faire partie.
L'appel était prévu pour 8 heures, mais comme j'avais été de quart
de minuit à six heures, je devais normalement pouvoir rester dans
mon hamac jusqu'à huit heures. Je n'étais donc pas présent à
l'appel. On m'a fait appeler par haut-parleur et je me suis
présenté en short pour m'expliquer, en espérant que le détachement
allait partir sans moi. Pas de chance, je reçus l'ordre de me
dépêcher, ce que je fis sans trop de précipitation.
A notre arrivée à Tourane, des milliers de militaires, de toutes
armes, en uniformes de cérémonie, étaient alignés de chaque côté de
la grande avenue. Nous sommes restés près de deux heures en plein
soleil, en attendant le début de la revue. Certains participants se
trouvèrent mal en raison de la chaleur.
Enfin, la revue commence : Repas ! Garde à vous ! Arme sur
l'épaule ...droite ! .. etc ... Pour nous, radios qui n'avions
pas fait de maniement d'armes depuis pas mal de temps, nos
mouvements étaient loin d'être parfaits, ce qui avait le don
d'énerver l'enseigne de vaisseau et le gradé fusilier-marin (sako)
qui nous commandaient.
Pendant la remise des décorations, alors que nous étions l'arme au
pied et que régnait un silence respectueux, nous entendons un
bruit, mais un bruit ! ...Tac, tac, tac. C'était Gros qui venait de
laisser tomber son fusil sur un rail qui se trouvait
malencontreusement là. Toutes les têtes se sont tournées vers nous,
et nous pouvions entendre les rires et quolibets, en sourdine bien
sûr : "C'est le radio, c'est le radio". Et Gros, au lieu de se
faire tout petit, s'évertuait, par de grands gestes, à faire
comprendre qu'il en avait marre ...
Lorsque nous avons rejoint notre bord, l'officier en service à la
coupée a donné l'ordre de nous prendre, à tous les deux, notre
carte de permissionnaire (nécessaire pour descendre à terre) afin
de nous punir. Mais à ce moment-là, le commandant est venu nous
voir en nous disant : "Bravo les gars, vous avez bien défilé, vous
avez bien mérité la double" (la double étant une récompense qui
nous accorde un quart de pinard en plus ou un dessert). Le sako
demanda ce qu'il fallait faire et le pacha lui conseilla de
"laisser tomber".
A suivre
Signé : Yves SCHMITT
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